Sans vouloir minimiser le travail des pionniers des années 1950 et 1960, je pense que le Dr Guy Letellier (1930-2004) mérite à juste titre une place à part en tant que « père » de la biochimie clinique au Québec.
Ayant obtenu un Ph.D. en biochimie en 1958, le Dr Letellier a débuté en 1959 sa carrière à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Hull. En 1964, il rejoint Jules Labarre à l’Hôpital Notre-Dame. Il assumera la direction de ce Département de 1970 à 1980 puis de 1984 à 1990 (9).
Un recruteur hors pair
Guy Letellier était un communicateur hors pair. Je me souviens de la première fois que je l’ai rencontré vers 1970 à l’occasion d’une conférence hebdomadaire de l’Institut du Cancer de Montréal où je poursuivais mes études doctorales. Le Dr Letellier venait nous parler du rôle du biochimiste clinique et le fit avec un enthousiasme tel que des 8 étudiants gradués alors en poste à l’Institut, 6 rejoindront éventuellement le domaine de la biochimie hospitalière (au grand dam de la direction de l’Institut!). En absence d’un programme formel de formation en biochimie clinique, le Dr Letellier nous accueillait généreusement dans son laboratoire de l’Hôpital Notre-Dame pour des stages de tous genres et de toutes durées. Pendant les années qui ont suivi, il servira de mentor à des dizaines d’autres candidats biochimistes.
Le C.V. de Guy Letellier fait état de ses nombreuses contributions au domaine de la biochimie clinique au Québec, au Canada et dans le monde. Instigateur des premiers programmes de contrôle de qualité au niveau provincial (1973), Professeur titulaire de biochimie clinique au Département de médecine de l’Université de Montréal (1987), président de l’OCQ (1968), prix de la SCCC pour contribution exceptionnelle à la chimie clinique au Canada (1989), nommé « Compagnon de Lavoisier », plus haute reconnaissance de l’OCQ (1999), etc.
Dans le document de support à la nomination du Dr Letellier comme Compagnon de Lavoisier, Bernard Vinet rappelle qu’à la fin des années 1960, Guy Letellier était « LA » référence dans le domaine des multi-analyseurs alors que les nouvelles générations d’analyseurs parallèles comme les SMA 6, SMA 12 et SMAC de Technicon (devenu Siemens) arrivaient successivement sur le marché. Toujours à la fine pointe, son laboratoire était présent sur le site de l’Exposition universelle de Montréal (Expo67) avec un SMA-6 relié en ligne à des ordinateurs, un exploit pour l’époque!